Le jour où tu rentrée, ce jour où l’on a décidé pour toi ; ta vie s’est arrêtée. Tu ne le savais pas encore.
Toi qui étais si forte de caractère, espiègle, intelligente et d’une charismatique féminité..
Pour réparer l’honneur des tiens, préserver les liens familiaux, par honte infligée et dans la violence d’un geste à ton égard ; les lignes de ta vie se sont envolées. Tu es rentrée mais ce jour là, les barreaux invisibles sont devenus visibles, par un carnet jeté devant toi. Dans ce carnet se trouvait le répertoire de contacts, nom et numéro de téléphone. La douleur et la peur, la fatalité et l’abnégation.. Pourtant, tu es restée fidèle à toi-même, dans un port de tête digne. Tu n’auras jamais montré ce qui te brise. En perdant ton cœur et ta liberté d’Aimer, tu es morte à petit feux. Punie, tu l’as été. Coupable d’avoir Aimé le mauvais homme. La sentence est tombée, irrévocable.
Sommée de te marier dans les plus brefs délais, pourvu que tu ne revois plus l’homme que tu Aimes.
Dans ce fameux carnet jeté devant toi, se trouvait les coordonnées d’un homme prêt à accepter de se marier, tu devais seulement le trouver. Cet individu avait tout à y gagner, tu avais tout à y perdre. Ton bonheur n’était plus qu’une légende et ton sourire, une imitation de celui d’autrefois. Tu semblais si malheureuse et tellement éteinte, sur cette photographie. Ce qui devait être le plus beau jour de ta vie était un aller simple dans un couloir dépourvu de Lumière. Coupée à la tige, la joie ne circulait plus en toi. Bien que tu n’envisageais pas le mariage comme une condition à l’Amour, jamais tu n’auras porté le nom de celui que tu Aimais. Prisonnière de ton temps ; trop entière, trop vraie, trop impulsive, passionnelle et déterminée pour contraindre ton corps à faire semblant. Tu as projeté sur ta fille, toute la vie que l’on t’a arraché, en lui faisant payer ton malheur. Ta fille est devenue mère à son tour. D’une fille devenue maman. Ce schéma doit se briser. Je refuse viscéralement la transmission de ce poids si longtemps refoulé.
Toi dont je parle dans ces lignes, tu étais ma grand-mère maternelle et, je ne t’ai pas connu. Décédée d’un cancer du sein, tu n’auras jamais franchi le pallier de tes 50ans. En mourant si jeune, vous avez dévitalisé mon arbre par de multiples branches fantômes. Mon patrimoine est rempli de défunts, de chaises vides, de vies brisées. Je suis arrivée dans une histoire amputée dès la racine ; ce n’était qu’une question de temps pour que je perde mon père, une seconde fois. 34 ans et pas une année de plus, tu aurais pu me laisser le temps de venir à toi. De comprendre qui tu es et pourquoi tu n’étais pas là. Toi-même, tu n’as jamais connu ton père biologique. Toi aussi, ta grand-mère subit un mariage sans Amour, elle-même privée de l’amour maternel. Ta propre mère t’a pillé ton existence, en t’interdisant de construire ta vie ; tu étais à elle. À elle et personne d’autre. Ma grand-mère paternelle s’est arrangée pour que je ne vienne pas au monde, désireuse de ne jamais me rencontrer afin que je ne vienne pas la déposséder de son fils unique ; pourtant, je suis là (…) Cabossée in-utéro par son venin, mais vivante. À défaut d’être présent, j’avais besoin que tu me protèges, papa. Il me plait de croire qu’au ciel, tu le fais.
L’histoire s’est jusqu’à présent répétée, l’interdiction d’Aimer. L’obligation de sacrifier sa vie, pour exécuter les ordres donnés par un cœur lui-même brisé. Tu étais interdit de devenir père et j’étais interdite de t’appeler papa, de te pleurer, de souffrir pour un Amour que je ne devais ressentir.
Le cœur a longtemps été la propriété familiale. Pour tellement d’âmes.
Je le déclare. Le droit d’Aimer nous appartient. Nous avons le droit d’Aimer. Le droit de ressentir toutes les émotions venues se présenter dans l’autel de notre cœur. Toutes, sans exception. Nous en avons pleinement le droit. Personne ne peut nous priver de notre libre arbitre, de notre liberté émotionnelle.
Aux enfants jugés, brisés, calomniés, culpabilisés, possédés, désaimés, abusés, détruits ; c’est terminé. Il n’y a plus de pouvoir. Plus de décision sans consentement. Plus aucune forme de violence, quelle qu’elle soit. Plus aucun enfant ne périra dans son cœur, plus aucun adulte ne subira les conséquences d’une maladie par une vie volée et violée dans son droit. Je le déclare, ce temps est révolu.
Le chemin est à l’Amour et à la guérison.
Kimy B.