« À la fois maitre et esclave, créateur et enchaîné ; l’être humain serait-il la proie de sa propre modernité ? »
Prenons conscience du paradoxe entre le progrès et la servitude. Toujours en quête de perfection et de liberté, l’Homme ne cesse de créer des chaînes dont il s’éprend toujours plus, pensant ainsi grandir et briller au sein de la société.
L’être humain pourrait-il sciemment utiliser le progrès, sans que le progrès ne le soumette à la dépendance ? Une dépendance prenant l’allure d’une soumission naturelle, lui imposant de ne point pouvoir vivre, évoluer, se perfectionner ; sans le concours des multiples points de progrès mécaniques. Entendons par « mécanique », toutes créations lourdes et grossières, propres aux aspects matériels et de configuration physique. L’éducation quant à elle, l’instruction, le libre accès à la culture et l’étude quelle qu’elle soit ; semble apporter à l’être pensant davantage de liberté. Fort par sa qualité de réflexions et de remises en question, l’être humain peut volontairement s’extraire de cet esclavagisme tout en utilisant les mêmes outils. Par un esprit dont l’intelligence est travaillée, nous pouvons espérer une insoumission lucide quant aux conditions de plus en plus formatées qu’impose la modernité.
L’autonomie de penser. Seulement quelques mots et pourtant, une immense liberté personnelle de plus en plus précieuse. Le sens critique, l’esprit d’analyse et l’indépendance de penser sont autant de points à privilégier chez un individu, qu’en soi-même. Ce sont de réelles et véritables capacités d’affranchissement face à la technicité des progrès, annihilant toujours plus nos ressources individuelles.
En toute logique et puisque l’être humain est le créateur des progrès présents sur la ligne de la modernité ; il pourrait autant dominer ce dont il est à l’origine, que la modernité devrait seulement apporter à l’Homme sans le desservir d’une quelconque servitude.
J’ose espérer et croire en notre pouvoir personnel. Je pense humblement que notre évolution peut et doit préserver toute personne de la notion de servitude.
À cette fin, l’Homme est riche de sa propre évolution. Sorte de microcosme dans un gigantesque macrocosme, nous sommes autant de mondes dans un monde. Autant de fonctionnements différents, autant de manières de penser, de ressentir, d’interagir que d’interpréter. Nous sommes uniques, authentiques et singuliers. Des potentiels souvent bridés par notre propre modernité qui prône l’uniformisation.
J’ose également croire qu’en le rêve, l’amour, la conscience, notre humanité, nos idéaux et notre force intérieure ; nous puissions sans cesse nourrir notre part d’audace. Celle d’exister pleinement et d’incarner profondément qui nous sommes.
Modernité, progrès ou asservissement ; l’Homme consent à être l’objet d’esclavagisme. Il possède indéniablement l’intelligence suffisante pour en être conscient. Du moins, pour en prendre conscience un jour de son existence. S’il peut se retirer moralement de cette gigantesque danse où règne automatisme et servitude, je le pense. Par ailleurs, la force de son esprit est le seul élément qu’il possède en cette Terre. En revanche, je ne crois pas qu’il lui soit possible de s’en extraire physiquement. Au contraire, il me semble important que des Hommes de conscience soient là, où règne un certain endormissement collectif.
Rappeler sans cesse et sans cesse raviver.
Que cela soit par l’écriture et l’infinité du monde des lettres. Par la musique et la multiplicité des notes émises. Ou encore, au contact des ressources de notre Terre, subtile évasion auprès des arbres, de la mer, des reliefs et leur salvateur silence. Il réside en l’existence des secrets confiés pour ceux sachant écouter, sachant prendre le temps et observer.
L’altruisme, l’empathie, le code moral sont autant de caractéristiques distinguant l’être éveillé de l’endormi.
En conclusion, il importe peu le nombre..
Tant qu’il y aura encore des hommes et des femmes dont la conscience propage l’étincelle rare et précieuse. Cette étincelle capable d’insuffler à chacun et chacune, le courage de préserver leur liberté fondamentale.
Kimberley BOUREAU